Pro-féminisme masculin et gigantisme masculin de l’Arc-en-ciel de la Gravité

Wes Chapman
Illinois Wesleyan University
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Bloomington, IL 61702-2900
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Cet article est paru dans le numéro de mai 1996 de Postmodern Culture et est toujours archivé au PMC. Si vous souhaitez savoir pourquoi je l’ai republié sur ce site, rendez-vous ici.

Copyright © 1996 Wes Chapman


1. Le titre du féminisme sans femmes de Tania Modleski fait référence, explique Modleski, à une confluence de deux tendances politiques / intellectuelles: la subsomption du féminisme dans un champ « plus complet » d’études de genre, accompagnée par la montée d’une « perspective féministe masculine qui exclut les femmes »et la domination au sein de la pensée féministe d’un« anti-essentialisme si radical que toute utilisation du terme «femme», quelle que soit «provisoirement», est interdite »(14-15). Modleski fait valoir que les deux tendances sont liées, car « la montée des études de genre est liée, et dépend souvent pour sa justification, à la tendance de la pensée poststructuraliste à contester les notions d’identité et de sujet » (15). Ces tendances sont troublantes pour Modleski car elle craint que, dans la mesure où les études de genre tendent à décentrer les femmes en tant que sujets du féminisme, elles ne soient pas une « nouvelle phase » du féminisme mais plutôt une « élimination » du féminisme (5).

2. Ce qui m’intéresse dans cet essai concerne les travaux d’auteurs de sexe masculin du type identifié par Modleski, et en particulier ses intersections avec l’anti-essentialisme (que, aux fins de cet essai, je définirai largement comme la croyance que le genre est socialement construite). Bien que toutes les critiques de genre écrites par des hommes par des hommes ne soient pas radicalement anti-essentialistes[1], je pense que la confluence entre l’anti-essentialisme et les travaux de sexe masculin sur le genre dépasse la simple justification théorique. L’anti-essentialisme est à la fois le symptôme et la cause d’une profonde anxiété qui, à mon avis, sous-tend de nombreuses critiques de genre écrites par les hommes aujourd’hui, une anxiété d’être un sujet masculin dans une société où la subjectivité masculine a été identifiée comme un problème. D’une part, une prise de conscience de la construction sociale de soi peut conduire à une anxiété accrue chez les hommes à l’égard du genre, car elle implique une prise de conscience de la complicité de la subjectivité masculine avec des structures sociales oppressives pour les femmes. D’autre part, l’anxiété des hommes à l’égard du genre peut encourager un point de vue anti-essentialiste, à la fois parce que l’anti-essentialisme semble offrir l’espoir que des changements positifs dans l’identité de genre sont possibles et parce que l’anti-essentialisme peut diffuser la responsabilité personnelle en déplaçant l’objet de la critique de le moi aux codes sociaux qui ont «toujours déjà» construit le moi.

3. En parlant ainsi des «hommes», de la «subjectivité masculine», etc., je ne présume pas du tout que tous les hommes de la culture contemporaine se ressemblent. Je pense que l’anxiété que j’identifie est répandue, mais elle n’est pas universelle, et même pour les hommes qui ressentent une telle anxiété, il existe de nombreuses façons de réagir, y compris la réaction directe contre le féminisme identifiée par Susan Faludi et d’autres. Mon intérêt pour cet essai réside dans un spectre assez restreint d’hommes: ces hommes qui acceptent dans une certaine mesure l’accusation selon laquelle la subjectivité masculine est un problème politique quelconque – les anti-masculinistes masculins, faute d’un meilleur terme, car tous peut être considérée comme pro-féministe.[2] Je souhaite explorer la relation entre anti-masculinisme et anti-essentialisme chez les auteurs masculins et déterminer si l’anti-essentialisme est une stratégie politique viable pour les anti-masculinistes masculins. À cette fin, j’examinerai un texte d’un écrivain masculin, Arc-en-ciel de la Gravité de Thomas Pynchon, dans lequel la relation entre une anxiété à l’égard du genre et une vision anti-essentialiste de soi est particulièrement complexe et révélatrice[3]. Je soutiendrai que, juste comme le suggère Modleski, l’anti-essentialisme dans le roman sert en effet à décentrer les perspectives des femmes, et que, si l’anti-essentialisme a été et est encore une partie importante de la compréhension des hommes pro-féministes de leur identité de genre, ce n’est pas une base suffisante pour une politique qui n’est pas seulement anti-masculiniste mais pro-féministe.

4. Tard dans Arc-en-ciel de la Gravité, le narrateur décrit un ponceau au milieu d’une route étroite. Il y a une variété de graffitis de ceux qui s’y sont réfugiés, y compris un dessin d’un homme regardant de près une fleur.

  1. Au loin, ou plus petit, semble être une femme qui s’approche. Ou une sorte d’elfe, ou quelque chose. L’homme ne la regarde pas (ou ça). Au milieu, des meules de foin. La fleur a la forme d’une chatte de jeune fille. Il y a un luminaire regardant du ciel, un visage totalement en paix, comme celui de Bouddha. En dessous, quelqu’un d’autre a écrit, en anglais: Bon dessin! Terminer! et en dessous, dans une autre main, c’est fini, vous nit. Et toi aussi. (GR 733) [4]

Comme tout le reste dans Arc-en-ciel de la Gravité, le dessin résiste à une interprétation rigide. Le ponceau où se trouve le dessin est l’endroit où Geli Tripping trouvera Tchitcherine et le détournera de sa quête obsessionnelle pour tuer son demi-frère Enzian; nous pourrions prendre le dessin comme préfiguration de cet événement. Dans cette interprétation, l’homme serait Tchitcherine, la fleur serait Enzian (enzian est le mot allemand, après tout, pour fleur de gentiane), et l’elfe-femme serait Geli, s’approchant pour travailler sa magie. Si cette interprétation est correcte, alors le dessin est un puissant symbole de la possibilité du bien dans l’univers de Pynchon, car le détournement de Tchitcherine par Geli est un exemple important dans le livre où le pouvoir de l’amour triomphe de l’obsession d’un personnage pour la destruction.

5. Mais il y a trop de signes inquiétants dans ce dessin pour être si hâtivement optimiste. En effet, le dessin peut être vu comme une icône de l’État moderne tel que Pynchon le voit, où la sexualité est mise au service d’un État militarisé routinier. Si la fleur suggère la fleur enzian ou gentiane, alors l’attention intense de l’homme est un signe inquiétant, car bien que le personnage d’Enzian soit présenté avec sympathie dans le roman, son nom lui a été donné par Blicero, le capitaine sadique amoureux de la mort, après « la gentiane de Rilke à flanc de montagne aux couleurs nordiques, fit descendre comme un mot pur dans les vallées » (GR 101-2). Dans la Neuvième Duino Elegy de Rilke, la gentiane est celle qui participe à la fois du monde transcendant permanent qui continue au-delà de la mort et de la terre physique; c’est le «mot pur» qui est la réalité physique transformée dans l’esprit humain (69). La version Blicero de Rilke est plus franchement sinistre: il aspire à « quitter ce cycle d’infection et de mort » en transformant la vie qui l’entoure en un « nouveau Deathkingdom » – la technocratie militaro-industrielle qui produit et tire la fusée (GR 723- 4). Comme le souligne également Khachig Tololyan, Enzian était le nom d’une fusée antiaérienne sur laquelle les scientifiques militaires allemands ont travaillé mais n’ont pas été achevés avant la fin de la guerre (41). La fleur est donc un emblème des « structures labyrinthiques en faveur de la mort » routinières que proteste le roman, dont Blicero est le premier patriarche.

6. La figure de Bouddha dans le ciel est également un mauvais présage dans le monde du roman. Plus tôt dans le roman, Slothrop voit des figures dans le ciel, « des centaines de kilomètres de haut », qui sont impassibles comme le Bouddha[5]; ceux-ci sont rapidement associés à l’Ange que le narrateur décrit comme se tenant au-dessus de Lübeck lors du raid du dimanche des Rameaux, l’un des bombardements massifs contre l’Allemagne qui a incité les Allemands à riposter avec le V-1 (214-215). Ce raid est figuré comme une scène de soumission volontaire à la violence sexuelle: « envoyer la RAF pour faire un raid terroriste contre des civils Lubeck », dit le narrateur, « était le long regard indubitable qui a dit dépêchez-vous de me baiser, qui a amené les roquettes dur et hurlant, les A4 « (215). Le luminaire souriant avec tant de bienveillance sur cette scène est donc l’une des entités cosmiques malignes du roman qui regardent avec indifférence les énergies humaines mises au service de la mort.

7. Le Bouddha a également d’autres connotations troublantes au sein de l’iconologie du roman: l’unification amorale du sujet et de l’objet qui est le but du bouddhisme zen devient une métaphore de la soumission à la technologie omnipotente de la fusée. Lorsqu’un problème survient dans la conception de la fusée, Fahringer, l’un des techniciens de Peenemunde, emmène son arc zen dans les bois pour pratiquer le dessin et le desserrage.

  1. Le Rocket pour ce Fahringer était une grosse flèche japonaise. Il fallait en quelque sorte devenir un avec Rocket, trajectoire et cible – « non pas pour le vouloir, mais pour se rendre, pour sortir du rôle du tireur. L’acte est indivis. Vous êtes à la fois agresseur et victime. .  » (GR 403)

Si les êtres humains sont sortis du rôle de tireur, alors la fusée a commencé à se tirer, selon ses propres besoins; la technocratie est devenue tellement incontrôlable qu’elle ne semble plus du tout servir les motivations humaines. Le Bouddha dans la scène du ponceau suggère ainsi à nouveau l’abandon du personnel et de l’humain à la technocratie, aux «structures favorisant la mort» de Blicero.

8. Enfin, la légende du dessin suggère également ce mouvement vers la mort. Terminer! exhorte la première main. Mais le désir de finir, de fermer, est montré dans le roman comme conduisant au déterminisme ou à la mort: l’obsession de Pointsman pour l’explication mécanique ultime et son déterminisme sont une manière de terminer le processus de compréhension; La « mission de Blicero de promouvoir la mort » est une tentative de finir avec la mort en la transcendant d’une manière ou d’une autre. Le deuxième écrivain le reconnaît: « C’est fini… Et vous aussi. »

9. La critique politique de ce passage a deux objets. Dans la mesure où la fleur est associée à Blicero et à la fusée, le passage est une critique d’une technologie de guerre qui est tellement hors de contrôle qu’elle semble servir à ses propres fins, et de la routinisation de la société qui fait de cette technologie possible. Mais c’est aussi une critique – et c’est ma principale préoccupation ici – des schémas de pensée masculinistes qui fournissent à un tel système sa force motrice. Si, comme le suggère Tchitcherine, le grand problème de l’État est de « faire mourir d’autres personnes pour vous » (GR 701), alors un moyen efficace d’y parvenir est de sexualiser la machine de la mort. L’État est donc tributaire d’un codage masculiniste de la sexualité tel que tous ses citoyens réagiront sexuellement à un scénario de domination et de soumission. D’où l’érotisme grotesque de la Fusée: « cinquante pieds de haut, tremblant … puis le fantastique rugissement viril … Cruel, dur, poussant dans les robes bleues vierges du ciel … Oh, tellement phallique » dit Thanatz (GR 465). Paradoxalement, cet emblème de la violence sexuelle et de la mort promet une sorte de vie éternelle, en transformant (à la manière de Rilkean) la nature, où la mort et la décadence sont le cours normal des choses, en quelque chose qui n’est pas dans la sphère de la nature. Cette transformation est également figurée comme une conquête sexuelle: « Au-delà de la simple érection d’acier, la Fusée était un système entier gagné, loin de l’obscurité féminine, tenu contre les entropies de Mère Nature aimable mais égarée … ». (GR 324).

10. La pornographie est l’un des mécanismes par lesquels le système assure une réponse sexuelle à la fusée. Dans la scène des ponceaux, la fleur, en forme des organes génitaux d’une jeune fille, est une icône de la pornographie, et donc de la déviation de la sexualité du partenaire humain vers une économie d’images objectivées. L’homme dans le dessin est inconscient de la femme en arrière-plan; il est entièrement absorbé par l’image sexuelle de la fleur. L’État dépend de cette déviation de la sexualité; « UNE ARMÉE D’AMANTS PEUT ÊTRE BATTEE », lancent les slogans sur les murs de la Zone (GR 155). Aimer, c’est vouloir vivre et prendre soin des autres; aucune émotion n’est utile à l’État, dont le grand besoin « a toujours été de faire mourir d’autres personnes pour vous ». La pornographie est l’une des tactiques de diversion de la guerre, un moyen de mettre la sexualité à son service. Comme le dit Vanya à propos du slogan UNE ARMÉE D’AMANTS PEUT ÊTRE BATTUE,

  1. C’est vrai . . . regardez les formes d’expression capitaliste. Pornographies: pornographies d’amour, amour érotique, amour chrétien, garçon et son chien, pornographies de couchers de soleil, pornographies de meurtre et pornographies de déduction – ahh, ce soupir quand on devine le meurtrier – tous ces romans, ces les films et ces chansons qui nous bercent, ce sont des approches, plus confortables et moins, de cet Absolute Comfort. . . . L’orgasme auto-induit. (GR 155)

Le masturbateur, physique ou émotionnel, est le citoyen idéal: isolé des autres par le flux constant d’images qui semble être disponible pour tous les besoins – non seulement sexuels, mais spirituels (« pornographies de l’amour chrétien »), esthétiques ( » pornographies de couchers de soleil « ), et intellectuel ( » ah, qui soupire quand on devine le meurtrier « ) – il ou elle est peu susceptible de former des liens avec d’autres personnes qui menacent l’efficacité des » structures favorisant la mort « en affirmant la valeur de la vie.

11. La pornographie est donc pour Pynchon un moyen par lequel l’État exerce un pouvoir sur ses citoyens au niveau micropolitique. En tant que tel, c’est également un facteur important dans la formation de l’identité sexuelle, en particulier de l’identité sexuelle masculine.[6] « La pornographie est le commentaire courant de cette société sur le sexuel pour moi », écrit Stephen Heath (3). Dans l’univers romanesque de Arc-en-ciel de la Gravité, c’est tellement vrai que la pornographie semble être spécialement adaptée à chaque citoyen. Lorsque Pirate Prentice, par exemple, reçoit par fusée des ordres militaires écrits à l’encre qui nécessite qu’une application de sperme soit visible, il trouve inclus dans le message une photo pornographique qui a anticipé toutes ses préférences sexuelles privées:

  1. La femme est une sonnerie morte pour [l’ancien amant du pirate] Scorpia Mossmoon. La pièce en est une dont ils ont parlé mais qu’ils n’ont jamais vue . . . un ensemble De Mille vraiment, des filles minces et huilées présentes . . . Scorpia étendu parmi de gros oreillers portant exactement la corselette de dentelle belge, les bas et les chaussures sombres dont il rêvait assez souvent mais jamais —
  2.     Non, bien sûr, il ne lui a jamais dit. Il n’en a jamais parlé à personne. Comme tout jeune homme qui a grandi en Angleterre, il a été conditionné pour obtenir un hardon en présence de certains fétiches, puis conditionné pour ressentir la honte de ses nouveaux réflexes. Pourrait-il y avoir, quelque part, un dossier, Auraient-ils (Ils?) Réussi à surveiller tout ce qu’il a vu et lu depuis la puberté . . . Sinon, comment le sauraient-ils? (GR 71-2)

Il y a ici un cercle politique vicieux. D’une part, la complicité de Pirate Prentice avec les « structures favorisant la mort » est assurée par sa réponse à la sexualisation de ces structures (il obtient littéralement ses ordres en éjaculant sur leur nouveau matériel militaire passionnant). D’autre part, sa sexualité a été conditionnée par les images qu’ils lui ont fournies toute sa vie. Pour Thomas Pynchon comme pour Oscar Wilde, la vie imite l’art; les différents discours de la société – films, livres, opéra, musique populaire, etc. – créent ceux qui les consomment. Dans Arc-en-ciel de la Gravité, le film de propagande de Von Göll sur les troupes noires en Allemagne précède les reportages de l’Allemagne sur le Schwarzkommando, comme si le film avait littéralement donné vie au peuple. La scène du viol collectif d’Alpdrücken fait naître des enfants fantômes, à la fois du genre littéral chair et sang comme Ilse et une série de rediffusions: Margherita Erdmann, poursuivant son histoire de devenir les rôles qu’elle joue, rejoue la scène avec Slothrop, qui à son tour trouve que « quelqu’un l’a déjà éduqué » dans l’art de la cruauté sexuelle (GR 395-6).

12. Les théories social-constructivistes de ce type peuvent être articulées de plusieurs manières. Une pure position anti-essentialiste soutient qu’il n’y a pas de soi « naturel » ou d’ordre « naturel », que l’identité est entièrement constituée par le discours et que le concept de « naturel » n’est qu’une autre construction sociale. Une position plus romantique soutient qu’il existe un soi naturel ou un ordre naturel, mais que les moi sont transformés sous des formes non naturelles par une société malsaine. La version de Pynchon a des éléments des deux. Une figure importante du « naturel » dans Arc-en-ciel de la Gravité est l’image des Titans, un « sur-parler de la vie » du « Monde juste avant les hommes » (720), préhumain, présocial, aussi originaire que la Nature de Rousseau. L’humanité est décrite comme étant des «contre-révolutionnaires» contre cette force, «presque aussi forte que la vie, freinant le soulèvement vert». Mais l’humanité n’est « presque aussi forte » que les Titans, car « quelques-uns reviennent chaque jour vers les Titans », « vont voir » toutes les présences que nous ne sommes pas censés voir – dieux du vent, dieux des collines, coucher du soleil dieux – que nous nous entraînons loin pour ne pas regarder plus loin, même si nous sommes suffisamment nombreux …  » (GR 720). Ainsi, un «ordre naturel» semble fournir un point de ralliement pour la rébellion contre le technocraire routinier des «structures favorisant la mort» de Blicero; en général, l’image des Titans, et de la nature en général, est investie d’une puissante charge de nostalgie politique et d’espoir politique.

13. Mais Pynchon sape la valeur politique du « naturel » tout en le soutenant. La nature peut contester la domination des «structures favorisant la mort», mais nous ne percevons et comprenons la nature qu’à travers des discours sociaux – et les discours sociaux sont idéologiques. Ainsi, les Titans ont une résonance ambiguë dans le roman: d’une part, ils sont associés au « sur-parler de la vie » qui précède l’humanité obsédée par la mort, mais ils rappellent également les casques spatiaux du Mittelwerke (les casques « apparaissent à façonner à partir de crânes … peut-être que les Titans vivaient sous cette montagne, et leurs crânes étaient récoltés comme des champignons géants « , GR 296-7); l’image des Titans suggère ainsi le militarisme technologique ainsi que le caractère vital. La façon dont on voit est cruciale, et Pynchon ne laisse jamais au lecteur une perspective extra-idéologique pour voir. Par exemple, le langage du passage cité ci-dessus semble impliquer que nous pouvons voir les « dieux du vent, les dieux des collines, les dieux du coucher du soleil » de la nature, si nous cessons de « nous éloigner d’eux » et que nous pouvons « quitter leur voix électriques derrière « ; bref, que la nature offrira en effet un moment de vision rédemptrice. Mais cette vision s’avère très ambiguë; c’est une vision de « Pan – bondissant – son visage trop beau pour supporter, beau Serpent, ses enroulements en arc-en-ciel dans le ciel – dans les os sûrs de la peur – » (GR 720-1). Le Serpent rappelle le rêve célèbre (ou, dans l’univers de Pynchon, infâme) de Kekule de l’anneau de benzène, que Pynchon implique dans la montée du complexe militaro-industriel allemand (GR 412); l’arc-en-ciel rappelle la parabole de la fusée. De plus, dans un changement narratif typiquement pynchonien, le personnage à travers la conscience duquel nous vivons cette vision ambiguë change au cours du passage. Il semble au début du passage être Geli Tripping, la jeune sorcière dont la magie affirme la vie; comme le dit Marjorie Kaufman, « la culture de Geli Tripping est clairement spéciale et spécialisée; ouverte à toutes les forces naturelles et surnaturelles de l’univers, aimante, » choisissant le monde « , sa magie est une survivance antique, non diluée du passé fécond » ( GR 204-5). Mais à la fin du passage, la vision est devenue celle de Gottfried, qui, en tant qu’amant et victime volontaire de Blicero, passager choisi du 00000, est fermement dirigé vers le Deathkingdom; il s’est détourné de tout ce que les Titans pourraient avoir à lui dire. Plus important encore, nous aussi, en raison de la position dans laquelle le récit nous place: nous abordons le récit avec Geli et nous détournons avec Gottfried, pour ne jamais savoir exactement comment la vision a été cooptée. Il y a donc des traces de la quête romantique de révélation de la nature dans Arc-en-ciel de la Gravité, mais le lecteur ne perçoit le « naturel » qu’à travers une série de perspectives et de discours en constante évolution.

14. La théorie de l’idéologie qui est impliquée par l’anti-essentialisme qualifié de Pynchon ne peut être décrite que comme paranoïaque: la complexité même de l’implication dans des structures oppressives qui est impliquée par une identité construite ou conditionnée par le discours plaide pour une sorte de conception cachée. Une grande partie de la comédie de la scène pornographique envoyée à Pirate Prentice, par exemple, vient de sa spécificité absurde – l’ensemble De Mille, la corselette de la dentelle belge. Horrifié que ses désirs les plus personnels aient été cooptés au service de l’État, Prentice ne peut que se demander paranoïaque s’ils ont surveillé tout ce qu’il a vu et lu depuis la puberté. La paranoïa a une énorme signification politique dans Arc-en-ciel de la Gravité, car elle implique une conscience aiguë de soi au sein de processus politiques plus vastes. La paranoïa n’est pas seulement, selon les mots de Pynchon, « le début, le bord d’attaque, de la découverte que tout est connecté » (GR 703), c’est aussi une reconnaissance de la place du soi dans cette constellation de connexions: tout est connecté , et il est connecté à moi. C’est en partie un sentiment de persécution, mais tout aussi important c’est une reconnaissance de complicité, d’être utilisé. Par exemple, le système élaboré de codage sexuel impliqué par le dessin pornographique envoyé à Pirate Prentice semble être conçu non pas pour le détruire, du moins pas immédiatement, mais plutôt pour l’utiliser; et la profondeur et la complexité de la complicité de Prentice dans la guerre ne peuvent être mesurées qu’en imaginant paranoïa quement « Ils (Ils?) ont réussi à surveiller tout ce qu’il a vu et lu depuis la puberté ». La quête paranoïaque de Slothrop pour le stimulus mystérieux est aussi un moyen de mettre en scène une anxiété de complicité dans des structures oppressives: en recherchant des informations sur qui, quoi ou comment il a été conditionné pour répondre sexuellement à la fusée, il est dans un sens de se demander comment il en est venu à être codé sexuellement comme il l’a été, comment il a lui-même été écrit par les codes de la domination et de la soumission. Il ne trouve pas de réponses, juste une série infinie de connexions qui ne s’additionnent pas à un récit cohérent. Il ne peut pas voir la source de son codage en tant qu’homme, car il n’y a pas de point extérieur à partir duquel le voir: ce codage est littéralement lui-même.

15. Ce que le roman propose comme praxis politique ne peut donc pas être un démêlage avec le masculinisme, car ce serait une tentative de sortir du langage et du moi. Au contraire, ce que le roman offre est une perturbation du codage en général – un échec de cohérence, une rupture dans le récit. J’ai commencé ma lecture du dessin en notant qu’il a une interprétation optimiste, qu’il peut être interprété comme une préfiguration du détournement de Tchitcherine de sa quête pour tuer Enzian. Selon les normes conventionnelles, l’histoire de la Tchitcherine se termine par un anti-climax (jeu de mots voulu). Nous nous attendons, après des centaines de pages d’accumulation, que le chasseur soit trouve le chassé, soit soit tué par le chassé; c’est ainsi que les histoires de chasse sont censées se dérouler. Au lieu de cela, Tchitcherine ne reconnaît tout simplement pas Enzian, lui demande des cigarettes et des pommes de terre et passe près de lui sur la route (734-735). Le roman ici, en défiant nos attentes de ce que sont les histoires, nie en effet nos propres désirs en tant que lecteurs de « terminer » l’histoire; il dit, dans un sens, « c’est fini, et vous aussi ». De cette façon, le roman se moque du codage masculiniste que nous apportons nous-mêmes au roman – notre désir pour ce moment de violence « rédemptrice » (que le chasseur ou le chassé ne fasse aucune différence) qui résout tout suspense, attache les extrémités lâches, et nous laisse une illusion de contrôle. De même, pour lire le dessin comme préfigurant cet anti-climax rédempteur, nous devons nous-mêmes perturber nos schémas de lecture masculinistes, éviter de soumettre le texte, le forçant à une seule interprétation ou à une attente conventionnelle.

16. La politique de perturbation de Pynchon est, jusqu’à un certain point, analogue à la politique de la parodie adoptée par Judith Butler dans Gender Trouble. Dans ce texte rigoureusement anti-essentialiste, Butler soutient qu’une politique féministe n’exige pas une notion de sujet comme agent de changement politique pour être efficace. Arguant que le sujet est un effet de la signification et que la signification est un « processus régulé de répétition » (145), Butler affirme que de nouvelles identités sont possibles, et seulement possibles, par un processus de « répétition subversive » (146):

  1. Si les règles de signification non seulement restreignent, mais permettent d’affirmer des domaines alternatifs d’intelligibilité culturelle, c’est-à-dire de nouvelles possibilités de genre qui contestent les codes rigides des binarismes héréditaires, alors ce n’est que dans le processus de répétition signifiant qu’une subversion de l’identité devient possible. (145)

La réécriture des codes culturels par Pynchon, une réplication avec une différence similaire au «signifiant répétitif» prôné par Butler, implique également une «subversion de l’identité». Le récit de la quête d’identité de Slothrop, par exemple, ne se termine pas, comme nous pensons qu’une telle histoire de quête devrait, avec une réalisation culminante, mais avec sa dispersion progressive jusqu’à ce qu’il soit « dispersé dans toute la Zone » (GR 712). Comme le dit Molly Hite,

  1. Slothrop a perdu son identité; il n’est plus un personnage unifié. Quelle que soit la perturbation de ce résultat, une implication est qu’il a échappé au contrôle, car c’est son identité phallocentrique qui l’a « placé » dans le schéma apocalyptique. . . . Il [est devenu] radicalement non centré, un destin qui l’amène à l’extrême opposé de sa qualification initiale de pénis personnifié. (118-9)

L’analogie entre la parodie de Butler et celle de Pynchon ne s’étend cependant que jusqu’à présent, en raison des différences entre leurs positions culturelles. Butler est une féministe lesbienne; la «répétition subversive» qu’elle a en tête est la traînée, qui, «[en] imitant le genre… révèle implicitement la nature imitative du genre lui-même – ainsi que sa contingence» (137). Mais cette lecture de la traînée ne s’applique que dans son contexte culturel. Un homme hétéro qui, en compagnie d’autres hommes, s’habille en vêtements féminins en se moquant des femmes renforce sûrement la « naturalité » des rôles de genre au sein de ce cercle d’hommes en mettant l’accent sur l’altérité des femmes. Butler le reconnaît quand elle écrit que « [p] l’arodie n’est pas en soi subversive, et il doit y avoir un moyen de comprendre ce qui rend certains types de répétitions parodiques perturbateurs, vraiment troublants, et quelles répétitions deviennent domestiquées et recirculées comme instruments de culture hégémonie « (139). Je dirais que l’un des facteurs les plus importants pour décider si les répétitions renversent ou renforcent le statu quo est le contexte culturel de l’acte de répétition, y compris la position culturelle de la personne qui effectue la répétition. L’interprète du drag, en renversant les codes du genre et de la sexualité, ouvre un espace pour une identité sexuelle alternative interdite par la culture hégémonique. L’interprète apporte une histoire sexuelle particulière à la performance, et est donc prêt à occuper l’espace consitué dans l’acte de la performance. Mais quel espace culturel est ouvert par une performance de répétition subversive par un mâle hétéro, dont l’identité est profondément légitimée par la culture hégémonique? L’espace que les hétéros sont prêts à occuper par leur histoire sexuelle n’est que leur position culturelle habituelle. C’est pourquoi Slothrop doit simplement se disperser à la fin du roman; comme le pouvoir opère dans et par son identité, et qu’il n’y a pas d’autre identité à occuper, son seul recours politique est de cesser d’occuper quelque position que ce soit. Ce que RW Connell appelle « la politique de sortie » – la tentative « de s’opposer au patriarcat et … de sortir des mondes de la masculinité hégémonique et complice » (220) – n’est imaginable que s’il existe un autre état ou une autre position à laquelle sortie.

17. La non-existence n’est pas une position de sujet viable, de sorte que la réécriture nécessairement incomplète du roman sur le masculinisme ne peut que redoubler celles masculines auxquelles il renonce. Thanatz et Blicero, nous pourrions nous attendre à nous délecter de l’imagerie du sadisme sexuel, mais c’est le narrateur qui décrit le Rocket comme un système « gagné … loin de l’obscurité féminine », le narrateur qui décrit le raid RAF comme le regard qui dit « dépêche-toi et baise-moi. » C’est comme si le roman protestait contre un codage de genre qu’il avait lui-même mis en place. C’est, je dirais, exactement ce qu’il fait, tout à fait consciemment; le fait est précisément que le codage de la sexualité et du genre qui assure notre complicité dans l’oppression n’est pas « là-bas » quelque part, en dehors de nous, mais à l’intérieur de nous-mêmes. Évitant la possibilité de se tenir toujours en dehors de l’idéologie, le roman ne peut que faire signe vers une position en dehors du problème, position qu’il ne peut imaginer lui-même, par une sorte de gigantisme masculiniste qui révèle sa propre absurdité. La technique du roman est comme les ménestrels masculins que Roger Mexico et le matelot Bodine donnent à la fin du roman dans lesquels ils se ceinturent de «gigantesques pénis en caoutchouc mousse (7 ou 8 pieds de long), astucieusement détaillés, tous de couleur naturelle … On dirait que les gens peuvent se souvenir des Titans et des pères, et rire …  » (GR 708).

18. Ce gigantisme masculiniste ne peut en aucun cas être manifestement féministe. L’arc-en-ciel de Gravity se lit souvent comme un fantasme masculin devenu incontrôlable: les phallus sont un peu trop grands, les personnages féminins trop désireux de se coucher avec Slothrop, les victimes de sadiques beaucoup trop avides de leur propre douleur[7]. Et parce que le récit ne fait pas ‘n’offre pas de lectures finales, il n’est jamais tout à fait clair à quel point se moquent vraiment de la moquerie ou de la perturbation et combien est le résidu des hypothèses réelles sur le genre. Ces exagérations invitent consciemment une critique féministe, du point de vue d’une étrangère. Mais le roman lui-même ne fournit pas cette critique; il ne peut que gonfler ou disloquer les discours de ses propres crimes, et donc à la fois faire signe à un moi nouvellement écrit et redoubler un ancien et fastidieux.

19. Que cette politique du discours puisse tendre à décentrer les femmes comme sujets du féminisme est suggérée par la référence directe et je pense dans le roman à une féministe contemporaine, MF Beal[8]. Felipe, l’un des exilés argentins, fait des « dévotions à midi » à la présence vivante d’une certaine roche « qui, croit-il, » incarne … un système intellectuel, car [Felipe] croit (comme MF Beal et d’autres) dans une forme de conscience minérale pas trop différente de celle des plantes et les animaux « (GR 612). M. F. Beal était (ou est) un ami de Pynchon, auteur de deux romans, Amazon One et Angel Dance, plusieurs histoires, et Safe House: A Casebook of Revolutionary Feminism dans les années 1970. David Seed, qui a écrit le plus sur la relation de Pynchon et Beal, explique que la référence à Beal dans Arc-en-ciel de la Gravité fait référence à une conversation que Pynchon et Beal ont eue sur « les limites de la sensibilité » (227): « Beal a implicitement humanisé la Terre manteau (contenant bien sûr des roches et des minéraux) en faisant une analogie avec la peau … « (32) En effet, Beal épousait ce que nous appellerions maintenant une philosophie Gaia[9]; comme l’écrit Seed, « [i] s’il existe une chose telle que la conscience minérale, alors la croûte terrestre devient un manteau vivant et l’homme devient une partie (une petite partie) d’un continuum vivant au lieu d’être défini contre un environnement inerte » (227 ). Il existe une version de cette croyance en la « conscience minérale » dans Safe House:

  1. Ce n’est que récemment que quelques hommes modernes ont commencé à apprendre quoi que ce soit sur la vie et ce qu’ils apprennent, c’est que la seule différence du point de vue de la chimie entre les substances vivantes et non vivantes est leur capacité à se reproduire. (86)

Comme dans ses discussions avec Pynchon, Beal minimise ici la distinction entre les plantes et les animaux d’une part et les êtres « non vivants » comme les minéraux; si la « seule différence » entre eux est la capacité de se reproduire, alors à d’autres égards, ils sont les mêmes (donc, peut-être, les roches sont sensibles, comme Beal l’avait fait valoir à Pynchon plus tôt).

20. Un principe de la philosophie de Gaia est que la Terre agit comme un organisme conscient pour se protéger. Dans Safe House, Beal spécule qu’un mécanisme par lequel la Terre pourrait essayer de se protéger est ce qu’elle appelle une «retraite stratégique» – la possibilité que «les femmes adultes ayant le choix choisiront de vivre sans [les hommes] – pour manger, dormir, travailler, élever des enfants et vivre sans eux « (87) – en d’autres termes, le séparatisme féminin. Beal se demande si le désir contemporain de séparatisme pourrait être non seulement un choix conscient de certaines femmes, mais une manifestation d’une nécessité biologique plus vaste:

  1. Se pourrait-il que nous assistions à un réflexe génétique insondable pour la survie des espèces? Se pourrait-il que le code ADN ait été déclenché par un système d’alarme biologique impénétrable de la menace de violence masculine et d’anéantissement? Se pourrait-il qu’il s’agisse d’un ancien schéma récurrent qui a activé la réponse des femmes au cours des millénaires pour se retirer, se protéger et se défendre ainsi que leurs descendants? (87)

Pour Beal, l’homme s’est détourné de la terre vers «la violence et l’anéantissement», tout comme pour Pynchon, l’humanité s’est détournée des Titans vers les «structures favorisant la mort». Mais pour Beal, ce détournement est spécifiquement codé en fonction du sexe; « l’homme » dans la phrase précédente fait référence aux hommes, pas à l’humanité. Inversement, les femmes sont un élément clé de la contre-lutte de la Terre: la terre se déclenche chez les femmes, qui sont ouvertes au message de survie parce qu’elles « ont toujours su que toutes choses étaient pareilles et précieuses », « un » réflexe génétique pour la survie des espèces », qui consiste en un démêlage de« violence et annihilation masculines ». Dans Arc-en-ciel de la Gravité, la genèse de la vision de Beal est perdue; les Titans dans la mythologie grecque étaient moitié hommes et moitié femmes.

21. Safe House a été publiée en 1976, trois ans après Arc-en-ciel de la Gravité, il est donc impossible de savoir avec certitude si Beal avait effectivement élaboré dans un cadre spécifiquement féministe la croyance en la «conscience minérale» que Pynchon lui attribue. Mais il me semble probable qu’elle avait, ou du moins probablement que Beal était féministe à ce moment-là, et que ce féminisme faisait partie de ses discussions avec Pynchon. Si la critique du masculinisme dans Arc-en-ciel de la Gravité a été influencée par Beal, alors nous pouvons voir le roman comme une sorte d’appropriation et de recentrage du féminisme; Pynchon subordonne sa critique du masculinisme à une critique du militarisme et désamorce ainsi la genèse de son sujet. Dans le jeu des discours pluralisés dans le roman, aucun privilégié, aucun non souillé par les structures du pouvoir, la question du genre est subsumée dans la question des discours de genre. Mais si tout le monde est piégé dans le discours masculiniste, le masculinisme n’est pas du tout un problème des hommes; c’est un rôle que l’on assume ou dont on sort, comme Greta Erdmann quitte si facilement le rôle de masochiste à Alpdrücken et le rôle de sadique avec Bianca.

22. Que cette dispersion des responsabilités puisse servir à cacher plutôt qu’à remettre en cause les rôles de genre est particulièrement évidente dans les passages où le roman s’adresse directement au lecteur, car, comme le souligne Bernard Duyfhuizen, le «vous» auquel le narrateur parle est un homme ou un homme -identified.[10] Par exemple, le narrateur s’adresse au lecteur à un moment donné en tant que spectateur d’un film pornographique:

  1. De tous ses pères putatifs. . . Bianca l’est. . . le plus proche de vous qui est venu dans une couleur aveuglante, affalé seul dans votre propre siège, jamais menacé le long d’une rangée ou d’une diagonale toute la nuit, vous dont l’interdiction de l’amour blanc-eau de sa mère est absolue, vous, seul, en disant que je les connais, omis, gloussant me compter, incapable, pensant probablement à une pute. . . Elle vous favorise surtout. (GR 472)

Le mot vous dans ce passage, comme dans tout le livre, interdit au lecteur toute distance des attitudes objectivantes et abusives qu’il critique. Mais dans la mesure où ce passage et d’autres comme celui-ci supposent que le récit est vous et nous incluons tout le monde, il falsifie les positions réelles des hommes et des femmes par rapport aux discours sociaux. Je doute beaucoup que de nombreuses lectrices puissent se sentir à l’aise avec le «vous» qui dit «comptez-moi» et «probablement une prostituée». Les hommes sont de loin les plus grands consommateurs de pornographie; les hommes constituent de loin la plus grande proportion de violeurs et d’agresseurs sexuels; les femmes sont beaucoup plus fréquemment victimes de viol et d’abus sexuels. « Nous » avons peut-être tous été au cinéma, comme le dit le narrateur, mais nous avons regardé différentes émissions, et plus important encore, nous avons regardé les émissions à partir de positions culturelles très différentes. Arc-en-ciel de la Gravité cache cette positionnalité avec sa profusion vertigineuse de discours; ce que Susan Bordo appelle le «rêve d’être partout» postmoderne s’effondre à des moments clés pour devenir une «vision de nulle part» qui est en fait une vision centrée sur l’homme (143).

23. L’une des valeurs des théories anti-essentialistes pour les hommes pro-féministes a été leur capacité à fournir aux pro-féministes une distance critique par rapport à leurs propres subjectivités, et ainsi à contribuer à rendre visible et problématique ce qui a été transparent. Le gigantisme masculiniste de Arc-en-ciel de la Gravité sert bien cette fin, écrivant en très grandes lettres les codes culturels qui forment les identités de genre masculines. Mais l’exemple de Arc-en-ciel de la Gravité montre également que si une prise de conscience de la construction sociale du genre peut être une condition nécessaire à la perturbation de ce centrage masculin transparent, ce n’est pas une condition suffisante. Des mouvements post-modernes pour décentrer le moi, pour affirmer que le moi n’est rien de plus qu’une imbrication de discours « plus larges », peuvent marginaliser les problèmes des femmes tout aussi facilement que le plus traditionnel des humanismes. Les pro-féministes masculins doivent tenir compte du pouvoir des discours sociaux pour contraindre, définir et constituer une identité, mais en même temps, ils doivent tenir compte de leur position dans les discours sociaux, en tant que membres d’un genre, d’une classe, d’une race, d’une zone géographique particuliers. région, religion ou croyance, formation, âge, langue, etc.

24. Judith Butler soutient que le « etc. » à la fin d’une telle liste de positions se trouve «un signe d’épuisement ainsi que le processus illimité de signification lui-même. C’est le supplément, l’excès qui accompagne nécessairement tout effort pour poser une fois pour toutes l’identité» (Genre 143). Je ne suis pas en désaccord avec cela, mais l’expression clé ici, à mon avis, est « une fois pour toutes ». Il est certainement vrai que l’identité ne peut être posée une fois pour toutes; des mots tels que «femme», «homme», «hétéro», «gay», «classe moyenne», etc. sont tous des totalisations d’ensembles de pratiques, de discours et de conditions massivement complexes qui ne sont pas identiques, même dans une culture particulière au un moment particulier et le sont encore moins quand on les regarde historiquement et transculturellement. Ces sites d’instabilité sont, comme Butler le montre clairement dans Gender Trouble and Bodies That Matter, des sites potentiels de subversion et de démocratisation, et la tâche de penser au-delà des limites de ces termes, que ce soit par déconstruction ou redéfinition, doit se poursuivre. Pourtant, si ces conditions ne peuvent être fixées, elles peuvent et doivent néanmoins être déployées, car elles continuent de nous déployer. Butler elle-même fait valoir cet argument de façon convaincante dans Bodies That Matter: « … Il reste politiquement nécessaire de revendiquer les » femmes « , les » queer « , les » gay « et les » lesbiennes « , précisément en raison de la manière dont ces termes, étaient, nous réclamer avant que nous ne le sachions « (229). Ici aussi, les différences de position du sujet importent considérablement. Le contexte de cette remarque est une discussion sur la résignification affirmative du «queer»; les «hommes» et les «hommes», bien qu’ils aient sûrement besoin d’une démission, n’ont guère besoin du même genre. Mais l’affirmation que la masculinité et le privilège masculin ont sur les hommes, « avant notre pleine connaissance », doit également être reconnue, non pas pour fixer l’identité masculine mais pour identifier clairement ce qui est en jeu. Comme le rappelle Michael Kaufman, ce qui est le plus important dans la réflexion sur le genre n’est pas «la prescription de certains rôles et la proscription d’autres», mais plutôt que «c’est une description des relations sociales de pouvoir réelles entre hommes et femmes et des internalisations de ces relations de pouvoir « (144).

25. Arc-en-ciel de la Gravité montre également, je pense, les limites d’une politique pro-féministe basée trop exclusivement sur des théories anti-essentialistes. Simplement disperser son identité à travers le tissu culturel, comme le fait Slothrop à la fin du roman, n’est pas une alternative viable; il n’est pas non plus suffisant de simplement faire un signe de complicité de sa propre identité dans des structures oppressives. En fin de compte, les hommes pro-féministes doivent travailler vers des subjectivités positives qui ne coopèrent pas au féminisme ni ne se révèlent masochistiquement dans l’abaissement de soi[11], mais concilient l’épanouissement personnel avec la reconnaissance des femmes comme sujets. Parce que ce sont des subjectivités qui doivent être vécues aussi bien que théorisées, la complexité des facteurs qui composent la subjectivité ne peut être considérée comme une seule théorie, qu’elle soit essentialiste ou constructionniste; il est toujours nécessaire de déployer un certain nombre de façons de voir même de négocier, et encore moins de rendre compte d’une telle complexité. Mon dernier point est donc que certaines de ces façons de voir nécessitent une notion de soi, d’identité personnelle. Une telle notion n’a pas besoin d’être essentialiste, dans le sens de supposer qu’il existe un soi qui préexiste et est en dehors des discours sociaux. Mais nous devons trouver un moyen de parler non seulement du moi construit et de la signification, mais aussi des motifs personnels et de la responsabilité individuelle, de la gentillesse ou de la tromperie, des tâches ménagères et des relations personnelles. Aucun discours ne suffira à la tâche.

Remarques

[1]Par exemple, Victor Seidler est ouvertement hostile aux théories post-structuralistes de la construction de genre, en partie parce qu’elles rendent difficile pour les hommes de «reconnaître la pauvreté de leurs expériences et de leurs relations», en écartant la catégorie même d’expérience comme «exclusivement une construction de langue ou discours « (xii-xiii).

[2] Dans l’introduction à Contre la marée, Michael Kimmel distingue trois types de réponse au féminisme: anti-féministe, masculiniste et pro-féministe (9-15). Ces catégories, je dirais, sont utiles pour caractériser les réponses directes des hommes au féminisme, mais nécessitent l’ajout d’une catégorie supplémentaire, celle d’anti-masculiniste, pour tenir compte des réponses indirectes et des appropriations du féminisme, comme celle de Pynchon. Le féminisme est entré dans la conscience des hommes de manière subtile et cachée; les résultats ont souvent été des positions qui appellent à une redéfinition ou à une répudiation de la masculinité mais qui ne sont pas nécessairement féministes. Pour une discussion sur un premier exemple, voir mon «Blake, Wollstonecraft and the Inconsistency of Oothoon», à paraître dans le numéro d’été 1997 de Blake: An Illustrated Quarterly.

[3] Les textes écrits par Modleski dont l’auteur est l’auteur datent des années 1980, mais je vois cette époque particulière du «féminisme sans femmes» comme faisant partie d’un mouvement aux racines historiques plus longues. (Dans ma discussion ci-dessous, je ne mentionnerai que les textes qui répondent à la vague de féminisme la plus récente ou qui s’y approprient et tombent ainsi approximativement dans le même moment historique que les textes discutés par Modleski, mais les textes d’auteurs tels que William Blake et James Joyce peuvent être considérés comme des exemples du même phénomène associé aux mouvements féministes antérieurs.) Des textes de Early Men’s Liberation tels que The Liberated Man de Warren Farrell (1974) et Jack Nichols’s Men’s Liberation (1975), à peu près contemporains de Arc-en-ciel de la Gravité, reposent sur l’hypothèse que le genre est construit socialement et est imprégné d’une anxiété liée au genre (parfois sous la forme d’une surcompensation, comme lorsque Farrell tente de nier l’idée que « les libérations des femmes constituent une menace pour les hommes (italique dans l’original) en décrivant » vingt et un domaines spécifiques dans lesquels les hommes peuvent bénéficier de ce qui est maintenant appelé la libération des femmes « 175). Des textes comme ceux-ci, ainsi que des écrits de Derrida et Lacan (pour une discussion l’appropriation de la «femme», voir Heath 4, 6-7), sont d’importants prétextes écrits par des hommes pour répandre la critique du genre masculin dans les années 80. « Reading as a Woman » de Jonathan Culler dans On Deconstruction (un texte qui ne me semble pas révéler une anxiété de genre significative) est le premier texte écrit par des hommes anglo-américains que je connaisse (à part celui de Pynchon) qui déconstruit le genre. Men in Feminism de Jardine et Smith (1987), dont certains essais sont discutés par Modleski, était un point culminant de la conscience de soi masculine de l’anxiété de genre, se concentrant dans une large mesure sur «l’impossibilité» de la relation des hommes avec le féminisme identifiée par Stephen Heath dans « Male Feminism » (1984) et sur le scepticisme des femmes envers le féminisme masculin, illustré par « Critical Cross-Dressing » d’Elaine Showalter: Male Feminists and the Woman of the Year « (1983). Cette «impossibilité» est écartée par Joseph A. Boone dans «Of Me (n) and Feminism: Who (se) is the Sex That Writes», l’essai d’ouverture dans Engendering Men: The Question of Male Feminist Criticism (1990), un volume qui, outre les essais d’ouverture et de clôture, ne consiste pas en une critique féministe mais en une critique de genre centrée sur l’homme. La distinction est clairement établie dans Claridge and Langland’s Out of Bounds: Male Writers and Gender (ed) Criticism (1990), malgré l’origine de ce volume dans un panel MLA appelé « Male Feminist Voices ». Bien qu’en général, les critiques de genre masculins aient suivi cette tendance, passant de la critique féministe à la critique de genre, des problèmes d’anxiété de genre refont surface dans des textes tels que Roger Horrock’s Masculinity in Crisis (1994) et R.W.Connell’s Masculinities (1995).

[4] Thomas Pynchon, Arc-en-ciel de la Gravité (New York: Viking, 1973), p. 733. Les références à Arc-en-ciel de la Gravité sont identifiées dans le texte, en abrégé GR.

[5] Slothrop et Geli Tripping créent également d’énormes figures d’ombre dans le ciel lorsqu’ils se tiennent (et dansent et font l’amour) sur le Brocken au lever du soleil (je suis redevable à Molly Hite d’avoir fait le lien entre cette scène et les personnages impassibles associés à la Raid du dimanche des Rameaux). Comme tant de scènes mettant en vedette Geli, c’est une scène de possibilité ambiguë; Geli et Slothrop occupent en fait la même position que les kamikazes du dimanche des Rameaux, mais dans cette position ils font l’amour, ils s’occupent de leur propre plaisir plutôt que des besoins de la mort de Blicero. Cette ambiguïté est renforcée par la référence du passage aux Titans, une image dont la valeur politique ambivalente sera discutée ci-dessous. Il est clair que les figures impassibles du ciel, aussi anges de mort soient-elles, ne sont pas toutes-puissantes, même si leur influence est incontournable.

[6] Voir « Against the Avant: Pynchon’s Products, Pynchon’s Pornographies » dans Marginal Forces / Culture Centers: Tolson, Pynchon and the Politics of the Canon, dans lequel, lisant les pornographies pynchoniennes comme une forme d ‘ »anamnèse », Michael Berube soutient également que les pornographies sont cruciale dans la formation et le contrôle des identités sexuelles (252-255).

[7] Je suis implicitement en désaccord ici, quoique légèrement, avec les conclusions de Marjorie Kaufman dans « Brunnhilde and the Chemists: Women in Arc-en-ciel de la Gravité », étonnamment l’un des rares travaux critiques sur ce roman à utiliser une méthodologie explicitement féministe. Kaufman conteste une lettre d’Adrienne Rich qui demande: «Quels sont les thèmes de la domination et de l’esclavage, de la prurience et de l’idéalisme, de la perfection physique masculine et de la mort, du« contrôle, du comportement soumis et de l’effort extravagant »,« de la transformation des gens en choses » . ‘ […] l’objectivation du corps comme séparé des émotions – quelles sont ces valeurs, sauf masculinistes, virilistes et patriarcales?  » (225). Kaufman répond que «si ce que Mme Rich veut dire, c’est que la littérature masculine soutient ces« thèmes »comme des valeurs positives, alors Arc-en-ciel de la Gravité de Pynchon peut être lu comme un traité à peine déguisé écrit pour soutenir les vues du féminisme radical et ses analyses de« histoire patriarcale « et » société patriarcale «  » (225). Elle continue en disant qu ‘ »une telle lecture commet de la violence dans le roman », affirmant que « la confusion des événements de Mme Rich transforme le monde complexe en un dogme simpliste des moyens et fins sexuels » (225). Bien que je convienne qu’une image doit être lue dans un contexte particulier, et que la valence politique d’une image peut être complexe, je ne trouve pas « simpliste » de se demander si une prépondérance d’images masculinistes porte une charge de bagages politiques indépendamment de la façon dont une image individuelle est utilisée ou réduite.

[8] En raison de la rareté des données biographiques sur Pynchon, il est difficile d’identifier précisément à quel point Pynchon était intellectuellement endetté envers les mouvements féministes des années 1960. Bien que Beal soit la seule féministe directement identifiée, je soupçonne que les dettes de Pynchon envers le mouvement féministe étaient à la fois larges et profondes, car il y avait plusieurs féministes intéressées, comme Pynchon, par la confluence de la sexualité et du militarisme. Quelques exemples bien connus: dans le manifeste « SCUM (Society for Cutting Up Men) », Valerie Solanis énumère une série de délits dont l’homme est responsable, en raison de son « obsession de compenser le fait de ne pas être une femme »; le premier d’entre eux est « War » (578). Dans « No More Miss America! », L’objectivation de la femme en tant que sex-symbol est directement liée à l’armée: « Le point culminant du règne de [Miss America] chaque année est une tournée de pom-pom girls des troupes américaines à l’étranger-l’année dernière, elle est allée au Vietnam pour pep -parlez à nos maris, pères, fils et petits amis de mourir et de tuer avec un meilleur esprit … Le soutien-gorge vivant et le soldat mort « (586). Le fait que Geli Tripping soit une sorcière peut faire allusion au « phénomène » (le mot est celui de Robin Morgan, 603) de WITCH, une collection lâche de groupes féministes ou peut-être simplement un style de féminisme de la fin des années 1960. Comme pour les autres groupes féministes de l’époque, pour la sorcière, le patriarcat, le militarisme et l’exploitation économique étaient liés; ainsi, le coven de Washington DC WITCH a mis en échec « la politique oppressive de la United Fruit Company sur le tiers monde et sur les secrétaires dans ses bureaux à la maison ( » Bananes et fusils, sucre et mort, / Guerre pour le profit, souffle des tarentules / United Fruit fait beaucoup de butin / La CIA est dans sa botte ‘) « (Morgan 604, Morgan insiste). Arc-en-ciel de la Gravité ne fait pas directement allusion aux documents identifiés ci-dessus, et Pynchon ne les a peut-être jamais lus. Cependant, ils montrent que certaines des questions de genre qui intéressaient Pynchon étaient courantes dans les cercles féministes à l’époque; Pynchon, qui vivait probablement au sein d’une sorte de réseau contre-culturel à l’époque, aurait pu être exposé à ces problèmes à partir de sources similaires. Si tel est le cas, ce que j’identifie plus loin dans cet essai comme une marginalisation des problèmes des femmes est d’autant plus aigu.

[9] Je suis redevable à Stuart Moulthrop d’avoir fait ce lien.

[10] Je suis redevable à Molly Hite de m’avoir signalé la virilité implicite du «vous» dans le roman, mais voyez «Une suspension éternelle de Bernard Duyfhuizen à la charnière du doute: le piège du lecteur de Bianca dans Arc-en-ciel de la Gravité».

[11] Modleski, discutant de l’élément masochiste dans certaines critiques féministes masculines, note que le masochiste ne cède pas nécessairement le pouvoir à la mère punitive ni ne perturbe le pouvoir caché de la loi du père (69-74)

Ouvrages cités

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Copyright © 1996 Wes Chapman


Source de la page: http://sun.iwu.edu/~wchapman/pynchon.html#foot2
Traduit par Jean-Etienne Bergemer

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